La Réflexion du vendredi 21 rajab 1445 AH
Ne sommes-nous pas encore des esclaves ?
En ces temps où l’on commémore l’abolition de l’esclavage chez nous, il est pertinent de réfléchir sur ce sujet. Nous sommes-nous vraiment affranchis de l’esclavage à nos passions, des addictions diverses, de la soumission à autre qu’Allah (swt) ?
Louanges à Allah (swt) et Salutations au Prophète Muhammad (saw).
“Vois-tu celui qui prend sa propre passion pour divinité ? Allah l’égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider auprès d’Allah ? Ne vous rappelez-vous donc pas? Surah Jathiyah (45) verset 23.
En ces temps où l’on commémore l’abolition de l’esclavage chez nous, il est pertinent de réfléchir sur ce sujet. Nous sommes-nous vraiment affranchis de l’esclavage à nos passions, des addictions diverses, de la soumission à autre qu’Allah (swt)?
Au-delà des célébrations officielles, récupérées politiquement, et qui mobilisent autant de ressources financières et humaines, est-il logique qu’on exploite la souffrance humaine pour des gains ici-bas? Cette commémoration serait-elle un moyen pour nous détourner de l’hypocrisie des décideurs, qui eux-mêmes promeuvent l’exploitation de l’homme par l’homme ?
Le devoir de mémoire exige que l’on se souvienne que les esclaves venaient, à 100%, de pays musulmans, des gens qui avaient dans leur veine du sang musulman. Lors de l’abolition, avait-on fait croire qu’il valait mieux être un chrétien libre qu’un esclave païen, l’affranchissement était-elle utilisée comme un chantage?
En attendant que des historiens s’attellent à préserver la mémoire, l’histoire réelle des esclaves venus d’Afrique, portons nos réflexions plus loin, afin d’essayer de mieux comprendre le tawheed rububiyyah, catégorie de tawheed qui nous ramène à la soumission absolue au Créateur Suprême.
D’autres formes d’esclavage qui nous empêchent de retourner vers Allah (swt) perdurent. Ce sont celles-là qui nous intéressent pour ce khutbah.
A travers le verset cité plus haut, Allah (swt) nous met en garde contre la soumission à nos désirs, l’adoption de ces désirs comme nos ilah, nos divinités.
Toutes ces addictions devaient nous inciter à réfléchir sur l’emprise qu’elles ont sur nos vies, et sur leur impact sur le temps que nous dédions à Allah (swt).
Si on vous disait que l’esclavage est une condition dans laquelle des individus - hommes, femmes et même des jeunes enfants - sont la propriété d’autrui, qui contrôlent où ils habitent et à quoi ils travaillent? Si on vous disait aussi que l’esclavage est une relation civile dans laquelle une personne a un pouvoir absolu sur une autre et contrôle sa vie, sa liberté et sa fortune?
Procédons à une analyse de notre vie. Sommes-nous esclaves de nos désirs? L’appât du gain et le goût du luxe nous empêchent-ils d’être généreux, d’être compatissants, d’être bons, d’être justes et équitables envers nos enfants, nos voisins, nos proches, les orphelins et tous ceux que nous côtoyons, riches ou pauvres? Sommes-nous envieux de ceux qui possèdent plus que nous mais pas de ceux qui sont plus pieux que nous?
Sommes-nous esclaves de la télévision qui occupe notre temps libre, endort notre esprit critique, influence notre comportement et nous éloigne de notre idéal islamique en semant des doutes dans nos esprits et en nous proposant des modèles à aimer, admirer, vénérer et imiter? Et tout cela ne nous éloigne-t-il pas d’Allah (swt) et de son Prophète (saw)?
Sommes-nous esclaves de l’internet et des réseaux sociaux? Faisons-nous un usage responsable de notre smart phone ou en sommes-nous accrocs et dépendants? Sommes-nous si amoureux de notre image au point de livrer notre intimité au regard du monde et nous éloigner de la pudeur qui est la moitié de la foi? Véhiculons-nous des informations utiles ou sommes-nous tombés dans le péché de la propagation de rumeurs?
Ceux qui sont accrocs de la cigarette, de l’alcool, de la drogue, des jeux de hasard, de la pornographie ou de la prostitution sont-ils capables de s’en sortir ou bien en sont-ils devenus esclaves? Alors, pouvons-nous dire que l’esclavage a été aboli ?
“O vous qui croyez ! Le vin (et les boissons alcoolisées et autres substances enivrantes), le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre de Shaitaan. Ecartez-vous en (strictement) afin que vous réussissiez. Surah Al Maidah (5) verset 90.
Revenons à la soi-disant abolition de l’esclavage. Il est important, pour les Musulmans, qui se disent Shuhadah alan Naas, des témoins pour les hommes, de s’intéresser au néo-esclavagisme qui se pratique sous nos yeux. Nous sommes-nous intéressés à l’exploitation, par l’employeur, des travailleurs migrants? Savons-nous qu’ils sont parqués dans des conditions inhumaines, maltraités par des employeurs, dont le souci majeur est l’argent avant tout, le Capital avant tout. L’exploitation des travailleurs n’est pas limitée aux indiens, aux malgaches ou aux sri-lankais. L’exploitation des travailleurs d’usine, des travailleurs de l’hôtellerie, l’imposition de l’overtime, le refus de reconnaître le salaire égal aux femmes…tout ceci relève du Capitalisme.
Dans un autre registre, il nous faut tout aussi condamner le traitement abject accordé aux migrants en Libye, ou ceux-ci sont vendus comme des esclaves.
Le capitalisme est basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme, l’exploitation des pauvres par les riches, l’exploitation des faibles par les forts. Il s’agit d’un système politique où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. L’idéologie capitaliste s’est toujours centrée sur l’amas de la richesse.
Allah (swt) nous interpelle à ce sujet :
“La course aux richesses vous distrait, jusqu’à ce que vous visitiez les tombes. Surah At Takathur (102) versets 1-2.
La forme la plus pernicieuse de l’esclavage moderne est la soumission au matraquage du cerveau par les medias occidentaux, pour nous détourner du deen d’Allah. L’emprisonnement de l’esprit est une autre forme d’esclavage, un emprisonnement de notre faculté de raisonner, laissant aux autres de réfléchir à notre place; laissant aux autres de décider à notre place. Nous n’avons plus de chaînes à nos pieds, mais nos cerveaux sont enchaînés.
Tout ceci nous ramène au concept de la soumission. Le concept de la soumission, rappelons-le, va au-delà de l’obéissance dans les rites et rituels. La soumission implique aussi l’acceptation de l’Islam en tant qu’idéologie parfaite, par opposition aux idéologies créées par l’homme, dont le capitalisme.
La soumission rejette aussi, selon Abul Ala Maududi, l’esclavage de l’homme à l’homme, et implique l’esclavage à Allah (swt), l’Unique. C’est cela le tawheed ribubiyyah.
“Dis : En vérité, ma prière, ma vie et ma mort appartiennent à Allah, le Seigneur des mondes. Surah Al An’am (6) verset 162.